Renforcer le pouvoir de négociation de l’Afrique
ISCA 2025 Conference
Dr Nathalie Delapalme, PDG de la Fondation Mo Ibrahim (à gauche) et Son Excellence Louise Mushikiwabo, Secrétaire Générale de la Francophonie (à droite)
La table ronde de haut niveau « Renforcer le pouvoir de négociation de l’Afrique » a réuni des dirigeants africains et internationaux afin d’examiner le potentiel et les défis persistants du continent dans l’élaboration des décisions mondiales. Avec la participation de Son Excellence Louise Mushikiwabo (Secrétaire Générale de la Francophonie) et du Dr Nathalie Delapalme (PDG de la Fondation Mo Ibrahim), la discussion a examiné les leviers économiques, institutionnels et sociaux permettant de transformer l’Afrique d’un récipiendaire périphérique à un décideur substantiel dans les affaires mondiales.
Dr. Nathalie Delapalme
La PDG de la Fondation Mo Ibrahim
Dr. Delapalme a ouvert la discussion en situant le pouvoir de négociation contemporain de l’Afrique dans un monde en profonde évolution depuis l’instauration de l’ordre mondial d’après-Deuxième Guerre Mondiale. Autrefois perçu à tort comme dépendant, le continent dispose désormais d’un pouvoir démographique et de ressources, dans un contexte de vulnérabilités mondiales partagées, allant des pandémies aux inégalités. Dr. Delapalme a soutenu que les défis mondiaux exigent désormais des solutions mondiales, et que l’Afrique est indispensable à ces réponses.
Son Excellence Louise Mushikiwabo
Secrétaire Général de la Francophonie
S.E. Mushikiwabo a souligné que les États africains doivent prendre l’initiative : « l’Afrique doit prendre sa place, la place qui lui revient de droit ». Malgré une visibilité accrue de l’Afrique dans les forums multilatéraux, les progrès réels demeurent entravés par des facteurs internes et externes. Le principal d’entre eux est l’absence d’un intérêt africain clairement exprimé et unifié. S.E. Mushikiwabo a insisté sur le fait que, s’il est complexe de parvenir à un consensus entre 54 pays, les rares occasions où l’unité africaine a été obtenue (comme la candidature réussie au poste de Directeur Général de l’OMS) démontrent son efficacité
Dr. Delapalme a poussé le débat plus loin, soulignant qu’une simple représentation (comme de nouveaux sièges au G20 ou à l’ONU) est insuffisante lorsque les acteurs africains ne parviennent pas à défendre une position commune et à mener à bien un plaidoyer stratégique et organisé. La fragmentation et le manque de suivi diluent la force collective de l’Afrique sur la scène mondiale.
Les deux intervenants ont critiqué les limites du système multilatéral d’après-guerre, dominé par des puissances bien établies et des vetos systématiques. Ils ont souligné que l’Afrique devrait diversifier ses partenariats, s’engager activement dans des formes de multilatéralisme à plusieurs niveaux (BRICS, Francophonie, ASEAN, etc.) et s’adapter avec agilité à la prolifération de coalitions internationales changeantes. S.E. Mushikiwabo a décrit l’évolution des alliances fixes vers « des coalitions successives » comme un défi et une opportunité pour un continent jeune et dynamique.
Les crises d’Ebola et du Covid-19 ont illustré la capacité des gouvernements africains, du secteur privé et de la diaspora à mobiliser rapidement des coalitions, à mutualiser leurs expertises et à négocier efficacement avec les acteurs internationaux, soulignant que la capacité et l’innovation existent lorsque la volonté collective est présente. La nécessité d’étendre ces approches à des domaines plus vastes, tels que la régulation numérique et l’allègement de la dette, a été identifiée comme la prochaine étape.
La table ronde a souligné que le renforcement du pouvoir de négociation de l’Afrique passe par une unité durable, un engagement agile, la constitution pragmatique de coalitions et une confiance en soi résolue. Plutôt que d’attendre une validation externe ou une transformation des structures mondiales, les acteurs africains doivent exploiter leurs atouts existants, identifier leurs intérêts communs et assurer un suivi rigoureux et méthodique du plaidoyer international. Faire écho aux propos des panélistes : l’Afrique, qui comptera un tiers de la population et des ressources mondiales d’ici la fin du siècle, doit passer résolument du statut d’observateur à celui d’architecte des règles qui façonneront un avenir commun.
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